Une malade du coronavirus témoigne : « Une toux sèche à s’en étouffer »

Marie (*), 33 ans, est la première personne à avoir contracté le coronavirus dans le département. Hospitalisée depuis 11 jours à Gap, elle raconte sa vie avec le virus depuis les premières fièvres, il y a deux semaines.

« Ça a commencé par des grosses douleurs dans tout le corps, comme si un rouleau compresseur me passait dessus. J’étais trempée de sueur et j’avais très froid, et surtout la gorge très sèche, comme si j’étais totalement déshydratée. » Dans la nuit du 28 au 29 février, alors qu’elle termine un voyage au Maroc, Marie (*), une Haut-Alpine de 33 ans, prend de plein fouet les premiers symptômes du coronavirus. Mais à ce moment-là, alors que l’épidémie vient à peine de débuter en France, avec moins de 60 cas confirmés, l’idée d’avoir contracté le Covid-19 ne la traverse même pas.

« J’ai juste pensé à une grosse grippe »

« Le Maroc n’était pas une zone à risque. J’ai juste pensé à une grosse grippe », se souvient la maman de trois enfants. « Heureusement, j’ai pris des précautions tout de suite, même si je ne pensais pas au coronavirus : ne pas approcher les gens, se laver les mains très souvent et porter un masque », se réjouit Marie rétrospectivement.

Le voyage retour se passe sans encombre mais les symptômes persistent. « Le lundi matin (le 2 mars, NDLR), je suis allé voir le médecin, toujours avec mon masque. Il m’examine, me dit qu’il n’y a pas de cas de coronavirus dans les Hautes-Alpes et diagnostique une grosse grippe », poursuit Marie dans une quinte de toux. Pourtant, son état de santé se détériore encore. « J’ai fini par appeler le Samu le mardi soir. J’explique mes symptômes, les fortes douleurs à la poitrine et aux poumons. Ils me répondent : “Venez aux urgences”. »

Sa famille dépistée

Le lendemain, Marie frappe à la porte des urgences. « Ils m’avaient dit de sonner et d’attendre devant pour ne pas risquer de contamination. Quand une infirmière a fini par venir à ma rencontre, j’ai expliqué mes symptômes et j’ai dit qu’il me fallait un masque pour entrer. » Comme l’hôpital n’a pas en- core de service dédié, la jeune femme est d’abord isolée dans une pièce vitrée, à côté de la salle d’attente des urgences. « Tout le monde pouvait me voir, enfermée seule avec mon masque. Ça faisait bête de foire, j’étais super mal à l’aise », grince la maman. Elle est finalement emmenée dans un sas désinfecté pour être dépistée, et les médecins la placent dans une chambre isolée en attendant les résultats. À 3 h du matin, la nouvelle tombe : Marie est la première à avoir contracté le coronavirus dans les Hautes-Alpes.

À ce moment-là, la procédure se met en marche. « J’ai donné la liste des contacts que j’avais eus, où j’étais allée… Heureusement, étant malade, je n’avais pas vu beaucoup de monde, à part mes enfants et mon frère. Ils ont été testés le lendemain mais les résultats sont revenus négatifs. Mais ils ont été placés en confinement », rembobine la jeune femme.

« On se sent vraiment pestiféré »

Ce samedi 14 mars, Marie était toujours à l’hôpital, complètement coupée du monde depuis 11 jours. Les seules personnes qui entrent dans sa chambre sont des soignants. « J’ai eu des complications au niveau du poumon gauche, qui a été infecté. Le traitement a été difficile, j’étais très fatiguée avec des gros problèmes de digestion à cause des médicaments et une toux sèche jusqu’à s’étouffer. » Ses derniers résultats montrent qu’elle est en voie de guérison, mais la jeune femme, sans être alarmiste, décrit toutefois une maladie éprouvante : « Il ne faut pas s’affoler, c’est une grippe en plus fort. Ce n’est pas une partie de plaisir, c’est coriace, mais on s’en tire. Mais je comprends pourquoi il faut préserver les personnes âgées. »

Marie garde un autre sentiment douloureux de cet épisode : le regard des gens. « On se sent vraiment pestiféré. On voit que les gens ont peur de nous. Et puis il y a aussi une grosse culpabilité. J’ai eu très peur de l’avoir transmis, notamment à ma famille. Heureusement que ma mère m’a inculqué des réflexes en cas de maladie. » Elle se souviendra en revanche en bien du « formidable » personnel médical de l’hôpital de Gap « qui a fait son maximum avec les moyens du bord ».

Et de conclure par un conseil : « Si vous êtes malades, mettez un masque, lavez-vous les mains, isolez-vous. C’est pour votre bien et celui des autres, de vos proches. Vous imaginez si j’étais allée voir ma grand-mère en rentrant et que je l’avais contaminée ? La culpabilité aurait été énorme… »